Le premier RGPH de l’Algérie indépendante (1966)

Pour sa première expérience en matière de recensement, l’Algérie indépendante a crée et organisé des structures propres à assurer les multiples tâches nécessaires à la réalisation de cette opération. La loi n°64-91 du 4 mars 1964 porte création d’un comité national de recensement et d’un poste de Commissaire National au Recensement dont les tâches furent précisées par le décret n°64-120 du 14 avril 1964, portant attribution du Commissaire National au Recensement. Ce décret prévoit également les structures nécessaires pour l’accomplissement des tâches du Commissaire National. A ce propos, il y a lieu de noter que ce dernier est assisté d’un Secrétariat Général, d’un bureau chargé de la gestion financière et d’un bureau technique. Celui-ci a pour fonction la préparation, l’organisation, l’exécution et le contrôle de toutes les opérations techniques relatives au recensement de la population. Enfin, l’ordonnance n°65-297 du 2 décembre 1965 autorise le recensement de la population proprement dit en fixant la période et les modalités d’exécution pour l’ensemble du territoire algérien.
Nécessité d’un recensement :
La priorité accordée au recensement de la population sur toutes les actions statistiques prévues par les pouvoirs publics s’expliquait par l’absence totale de données récentes sur la population algérienne. Les changements démographiques survenus pendant la guerre de libération (1954-1962) ainsi qu’après l’indépendance, font que les données du recensement de 1954 (effectué par l’administration coloniale) étaient largement dépassées et ne pouvaient servir aujourd’hui, qu’à établir des comparaisons, (suivre les migrations de population, analyser l’évolution des structures économiques…).
En plus de cela, il est à ajouter que l’urgence en matière de développement socio-économique exigeait des responsables à tous les niveaux de disposer de données récentes et complètes sur le pays et sa population.
Tout ceci militait donc en faveur d’un recensement qui devait atteindre, au moins, les quatre objectifs principaux suivants :
  • *Fournir des renseignements sur la population par commune pour l’application des textes législatifs (traitement et indemnités des fonctionnaires des collectivités locales ; élections et administrations municipales, détermination des emplois communaux ; détermination du nombre d’officines, de médecins, d’écoles primaires ou secondaires, d’instituteurs…).
  • *Fournir des données d’ordre démographique et socio-économique :
    • Etat de la population (population par sexe, âge, état matrimonial, nationalité, situation de résidence…).
    • Population en âge de travailler et son activité (population active selon profession : instituteur, médecin, Commerçant, maçon… ; selon catégorie socio-professionnelle : cadres supérieur, cadre moyen, ouvrier qualifié, ouvrier expérimenté… ; selon statut ou situation dans la profession : employeur, indépendant, apprenti, salarié régulier, salarié saisonnier… ; selon secteur juridique : autogéré, établissement public, administration, privé… ; selon branche d’activité économique de l’entreprise : agriculture, industrie, commerce, services…) ;
    • Population en âge d’être scolarisée ou scolarisée ;
    • Localisation et évolution de la population active ;
    • Déplacement de la population ;
    • Degré d’occupation par logement et pièce par les ménages ;
    • Répartition des logements suivant le nombre de pièces et éléments de confort…
  • *Fournir une base de sondage solide pour diverses enquêtes statistiques (enquêtes sur la main d’œuvre, sur la consommation des ménages, sur l’urbanisme et l’aménagement du territoire, enquête démographique, sur le planning familial…)
  • *Fournir enfin des données au niveau le plus fin (îlot, district, quartier, zone urbaine…) pour satisfaire les besoins de différents chercheurs (urbanistes, sociologues, démographes, économistes, planificateurs…).

C’est ainsi que le recensement de 1966 en s’astreignant d’atteindre ces multiples buts constitue à la fois l’inventaire tant attendu, le support précieux de toute enquête, le point de départ pour tout chercheur et surtout situe la population algérienne dans le contexte international tant en ce qui concerne sa structure que son évolution.